Patricia Wyckhuys, se trouver par le mouvement

20 septembre 2018, 15 heures : la soirée qui s’annonce est l’aboutissement de deux années de travail du Think Tank de PWN sur l’ambition. Pour se concentrer, Patricia repense aux séances de travail en équipe, pour cogiter et lancer les actions. Interviews de femmes pour écrire une galerie de portraits postés sur un blog, construction d’un questionnaire en ligne, recherche de réseaux professionnels pour répondre à l’enquête, recrutement de nouvelles forces vives pour le Think Tank lorsque certaines participantes de la première heure s’essoufflaient en chemin, mise en place de sponsoring pour la soirée de restitution des résultats, recherche d’invité.e.s de tous horizons pour la table ronde. Nous y voilà !

L’ambition est le maître mot de la soirée - il s’agit de l’incarner. Un point, c’est tout. Patricia n’est pas coutumière des discours en public ? Elle s’est entraînée ! 17 heures : les premiers invités arrivent. Silence dans la salle et premières prises de parole des co-présidentes de PWN. Puis vient l’intervention de Patricia. Les deux pieds bien campés, le texte en mains, un échange de regards avec sa partenaire sur scène – elle s’autorise l’humour, pour nous révéler de quoi étaient faits nos réponses, nous les cinq mille hommes et femmes qui avons répondu au questionnaire. Pari tenu, la soirée est un succès !

Patricia a tenu à mener à bien ce travail. Elle souhaite que les choses avancent, avec elle les séances de brainstorming se succèdent dans une ambiance studieuse. Elle a besoin de concret, elle a hâte de présenter le projet au board de PWN, il lui tarde de créer le blog sur lequel seront postés les premiers portraits de femmes, de diffuser enfin le questionnaire en ligne aux réseaux associés. L’équipe a évolué : de nouvelles recrues sont venues l’enrichir par leurs profils complémentaires, leurs cultures et leurs parcours tous différents. Cette diversité, c’est elle qui fait battre le cœur de Patricia : elle est synonyme d’ouverture au monde, de mouvement.

Cela vient de loin chez elle : quand Patricia initie un projet, pas question de lâcher avant la fin ! Ce n’est pas qu’une question de méthode, c’est son tempérament. Lève-tôt, elle commence ses journées par une séance de danse - elle a un besoin vital de se dépenser physiquement. Vous l’aurez compris : depuis toute petite, elle croit à la valeur du travail, elle sait qu’il faut se dépasser. 

« Mes parents, dit-elle, ont commencé à travailler très tôt : mon père à quatorze ans dans des fermes et ma mère, immigrée italienne de l’après-guerre, à seize ans dans la couture, avant d’évoluer vers un poste dans la restauration collective au sein d’une grande banque. Sans le verbaliser, ils m’ont transmis la conviction que les études supérieures étaient un gage de réussite professionnelle et sociale. Par goût et parce que les disciplines scientifiques étaient placées au-dessus de tout à leurs yeux, j’obtiens un DEA d’électronique. Seule ingénieure dans la PME où je suis recrutée, j’intègre ensuite une grande entreprise de télécommunications. Après la naissance de mes jumeaux en 2000, je travaille à 90%. Mon responsable, voyant l’équipe grossir, me propose de devenir manager. J’encadre des ingénieurs et des responsables de projet. Bien sûr, j’ai vécu des pressions, mais je ne les ai jamais mises sur le compte des hommes. Je ressens plutôt qu’ils ont des griefs envers la structure, l’organisation. Et c’est mon devoir de les écouter d’une oreille attentive pour qu’ils s’accomplissent. L’éducation que j’ai reçue m’a appris l’accueil respectueux des autres et la certitude que « chacun a sa place ». Et l’entre-aide, car on n’y arrive pas toujours seul et parce que recevoir de l’aide est aussi important qu’en donner ! De fait, je suis ambitieuse pour mon équipe. Et plus le temps passe, plus je suis convaincue que l’ambition dépasse nécessairement la personne que je suis. C’est bien plus intéressant d’embarquer tout l’environnement, dans son ambition !

En même temps, je vis le paradoxe de quelqu’un qui est perçu comme une lionne. A la maison, au travail, je « gère » les situations. Même si au-dedans de moi, je ressens aussi des failles. 

Je n’ai pas l’impression d’avoir été freinée dans ma carrière. Cependant, c’est grâce au réseau PWN que j’ai eu l’occasion d’échanger avec des femmes sur leur quotidien au travail. Je me suis alors rendue compte qu’elles vivaient des situations parfois très proches des miennes. J’ai compris que la neutralité que j’imaginais en milieu professionnel n’était sans doute pas si réelle. Découvrir les grilles de salaires et les plans de carrière m’ont sortie d’une forme d’engourdissement : je me suis soudain sentie lésée !

Le réseau n’a pas fait que m’ouvrir les yeux à ces réalités. J’ai aussi appris combien le regard et l’appui de ses pairs était un guide pour avoir plus confiance en soi, pour montrer de l’audace tranquille. Bref : pour incarner pleinement ses ambitions et en tirer le bonheur de s’épanouir !

20 novembre, 19 heures : c’est bon, la sensation d’être allée au bout de notre projet ! Et maintenant, une flamme est animée en moi. Avec ma devise « rester en mouvement », j’ai mené pendant la période de ce projet une transition professionnelle. Je sais l’utilité de réfléchir au « coup d’après », et que j’aurai de nouveaux projets et de nouveaux désirs : aller plus loin, partir à l’international – j’aime tant parler anglais !Quelque chose en moi est en gestation, je ne sais pas quoi au juste, mais je vais le vivre pleinement… Le chanteur Renaud écrit que ce n’est pas l’homme qui prend la mer, mais la mer qui prend l’homme. Et s’il en était de même avec l’ambition ? »

 

Portrait rédigé par Lucile GUBLER,

Membre du Think Tank « Women & Ambition »

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